Vendredi 18 avril 2008

« Il n’y a que Balzac qui a le droit de mal écrire. »

Entendu dans Nouvelle Vague de Godard

Un film dense pour lequel il faut beaucoup de patience ai-je trouvé, mais hyper intéressant dans le rapport dialogue (et son rythme ; envolées lyriques en cascade et finale en sorte de lapalissade absurde ou en boutade - on a l'impression de voir une courbe ascendante ascendante et une chute abrupte....) et des actions filmées.

 

Et par ailleurs, pas d'accord !03


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Dimanche 6 avril 2008
          "Sartre écrit de Flaubert enfant qu'il était « demeuré », à propos d'une histoire [de ce genre]. C'est comme ça qu'il arrive à en faire 'l'idiot de la famille »

            Un domestique demande à Flaubert, qui a sept ans, d'aller voir à la cuisine s'ily est, et Flaubert y va.

            (…)

            Quand il fut grand, Flaubert inventa des personnages que j'appelle « les innocents ». Charles Félicité, la servante d'un cœur simple, ou Dussardier, le garçon de courses de L'éducation sentimentale, qui construisent leur vie modeste, répétitive, h »roïque, sur la croyance en l'intégrité de l'Autre. Quand ils s'aperçoivent qu'ils ont été floués, ils deviennent fous ou meurent, ou les deux. »

 
 
Jean OURY ; Marie DEPUSSE "A quelle heure passe le train : conversations sur la folie" Calmann levy
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Samedi 5 avril 2008

Souvstre et Allain

Le train perdu

Fantômas – et mettant en scène la fille du même Fantômas

 

« La foule habituelle qui s’agite à la gare du Nord, à l’heure du départ des trains de grandes lignes, c’était encore plus considérable ce matin-là qu’à l’ordinaire.

            Le rapide de Londres était en retard, il aurait dû partir déjà depuis vingt minutes, et cependant rien, sur les quais, ne semblait annoncer que son départ fût imminent. Les longs wagons à couloir étaient bondés de voyageurs, et les fourgons à bagages regorgeaient de malles jaunes, et de grosses valises en cuir, qui caractérisent le touriste anglais. »

           

 

« A l’instant où Fandor, cramponné au tampon de la locomotive, criait à Juve cette phrase impossible à comprendre, cette phrase folle, et qui, pourtant, était réelle, disait la vérité, puisqu’il l’affirmait avec une énergie démesurée : « Le train est entré dans le tunnel !... Il n’en est pas sorti ! et pourtant il n’y est plus ! »

Phrase d’ouverture de Les amours du Prince – premier chapitre intitulé « Les mystère du tunnel »

 

 

 

« Il y avait très peu de monde. C’était quelques années avant le guerre, à la fin d’avril, et ce rapide, assez incommode, sans wagons-lits ni restaurant, n’emportait vers le Midi que d’assez rares voyageurs de première classe.(…)

            Il se promena sur le quai, assez loin de la voiture, loua deux oreillers, se munit à la bibliothèque roulante de journaux et de brochures, et, au coup de sifflet, d’un bond, escalada les marches et entra dans le troisième compartiment, comme quelqu’un qui arrive à la dernière minute.

            (…)

            Un contrôleur passa et poinçonna les billets. Le train se hâtait vers la banlieue. Les clartés de Paris s’espaçaient. Raoul parcourut distraitement les journaux et, n’y prenant aucun intérêt, les rejeta.

             (…)

            Ce fut un tord. En chemin de fer, on doit toujours se méfier, principalement lorsqu’il y a peu de monde. Il n’entendit donc point s’ouvrir la porte de la passerelle à soufflet qui servait de communication avec la voiture précédente (voiture numéro quatre) ni s’approcher à pas de loup trois personnages masqués et vêtus de longues blouses grises, qui firent halte devant son compartiment.

            (…)Dans le dernier compartiment, deux cadavres. Aucune trace de désordre. Sur les filets rien. Plus de valise. Pas de colis. »

« La demoiselle aux yeux verts » in : Les aventures extraordinaires d’Arsène Lupin

Maurice Leblanc

 

 

« Après, j’ai éternué. Je crois que j’ai ouvert les yeux et j’ai pensé que j’étais dans mon pieu avec un énorme édredon sur moi et mon frangin assis dessus. C’était tout sombre et ça sentait l’huile de moteur, celle que le voisin met sur les roulements à bille de son vélo. (…)

            Levons-nous…

            Sans bouger d’un millimètre, j’ai hurlé de douleur. Quelque chose dans les jambes, je me souvenais des photos dans Paris-Match, y’a eu un accident de train.

            Et moi, j’étais dedans. Un catastrophe ferroviaire ! Avec moi dedans. Et je ne suis pas mort et ils vont me sortir de là, et il faut qu’ils se grouillent les cons, je vais crier, je vais passer à la télé, ils vont tout découper au chalumueau, ils ont sûrement des chiens pour chercher, je suis coincé sous la tôle. »

L’homme à l’oreille croquée, Jean-Bernard Pouy

 

 

« Il y avait un quart d’heure déjà que le train roulait à sa vitesse moyenne, et elle n’avait pas encore trouvé de place assise. Les banquettes étaient pleines de gens qui partaient en vacances, les couloirs étaient bondés et même les soufflets étaient occupés : jamais elle n’avait vu un train aussi chargé de monde. (…) Son ticket l’autorisait seulement à monter dans le train, mais ne lui octroyait aucune priorité pour s’asseoir à une place déterminée.

            Mais combien ce voyage était différent de l’autre ! Plus de couloirs encombrés, plus de foule cahotée, plus de longues files de voyageurs, bousculés, résignés. Le compartiments, c’est une petite chambre personnelle, munie d’une table pliante qu’on peut relever, rabattre à volonté. Le placard est orné d’une glace aussi haute que la porte. C’est comme une vraie maison… Dans les filets s’entassent des bagages flambants neufs, utilisés aujourd’hui pour la première fois, avec leur vernis impeccable, leurs serrures étincelantes et les initiales « PH » coquettement incrustées dans les coins arrondis. Il y a une petite lampe à abat-jour, pour lire lorsque la nuit obscurcira la paysage. Un bouquet est posé sur un pique-feur. Il a été offert à Helen par procuration, au moment du départ… »

J’ai épousé une ombre, William Irish

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Lundi 25 février 2008

Scans_Livres_Mishima_Yourcenar001.jpg"Mais la difficulté croît encore – de quelque pays et de quelque civilisation qu’il s’agisse -, quand la vie de l’écrivain a été aussi variée, riche, impétueuse, ou parfois savamment calculée que son œuvre, qu’on distingue dans l’une comme dans l’autre les mêmes défauts, les mêmes roueries et les mêmes tares, mais aussi les mêmes vertus et finalement la même grandeur. Inévitablement, un équilibre instable s’établit entre l’intérêt que nous portons à l’homme et celui que nous portons à ses livres. Le temps n’est plus où l’on pouvait goûter Hamlet sans se soucier beaucoup de Shakespeare : la grossière curiosité pour l’anecdote biographique est un trait de notre époque, décuplé par les méthodes d’une presse et de media s’adressant à un public qui sait de moins en moins lire. Nous tendons tous à tenir compte, non seulement de l’écriture, qui, par définition, s’exprime dans ses livres, mais encore de l’individu, toujours forcément épars, contradictoire et changeant, caché ici et visible là, et, enfin, surtout peut-être, du personnage, cette ombre ou pour ce reflet que parfois l’individu lui-même (c’est le cas pour mishima) contribue à projeter  par défense ou par bravade, mais en deçà et au-delà desquels l’homme réel a vécu et est mort dans ce secret impénétrable qui est celui de toute vie.

            Voilà bien des chances d’erreurs d’interprétation. Passons outre, mais rappelons-nous toujours que la réalité centrale est à chercher dans l’œuvre : c’est ce que l’auteur a choisi d’écrire, ou a été forcé d’écrire qui finalement importe. (..) »


Yourcenar (MArguerite), Mishima : ou la vision du vide, Gallimard
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Lundi 11 février 2008

undefinedC. Ln M. - 


Zeami (dans La tradition secrète du Nô)expose les détails de l’art du Nô, les techniques, es « secrets ».

Sur les personnages, j’ai trouvé
« LE FOU
Dans notre voie, c’est le genre qui suscite l’intérêt le plus vif. Comme les formes de folie sont nombreuses, l’artiste passé maître dans cette seule voie doit réussir dans les dix directions. Leur étude nécessite une méditation de chaque instant. (…) J’ajoute que si la mimique du est bien une mimique, il est un point toutefois auquel il faut prendre gerde. Le fou exprime certes par son délire l’essence de l’être qui le possède.  (…) Enfin les rôles de fous à visage découvert ne sauraient être interprétés de façon satisfaisante, si ce n’est par un artiste aux facultés accomplies. Si l’on n’exprime pas la folie sur son visage, l’on ne ressemble pas à un fou ; et si, faute d’être maître de son art, l’on modifie l’expression du visage, l’on offre un spectacle intolérable. On pourrait bien appeler ces rôles les arcanes de la mimique. »
 

* "voie" dans les notes de Sieffert sur Zeami La tradition secrète du Nô (co-édition Gallimard et UNESCO dans cette magnifique collection "Connaissance d'Orient qui a des sous-collections "série japonaise" "érie coréenne"...) :
"Dô, la "voie" désigne toute espèce d'art ou de discipline, ou même de technique, mais avec une légère nuance morale. Zeami emploie l'expression "notre voie" comme synonyme de sarugaku. Les "voies étrangères" sont tous les autres arts ou techniques ; leur exercice serait inutile ou même nuisible à l'acteur qui serait par eux distrait de ses efforts dans sa "voie" principale."


zeami-thaetre-de-no-001.jpg
 
La voie du fou est donc le médium d'expression de ce qui le possède. Il faut trouver l'art, la technique d'expression de ce qui nous habite.
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Jeudi 7 février 2008
L'Aveugle au fou
- Silence, dis-je
Sur beurrage de Baile
1904,
 
J’avais, en voyant Equilibrium (le film de Sf) décidé de me pencher sur les œuvres de Yeats, parce que j’avais aimé ce poème très célèbre d’ailleurs
       « Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel
            Brodé de lumière d'or et de reflets d'argents
Le mystérieux secret, le secret éternel
       De la nuit et du jour, de la vie et du temps
 
            Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds
                 Mais tu sais je suis pauvre et je n'ai que mes rêves
         Alors c'est de mes rêves qu'il faut te contenter
                 Marche doucement, car tu marches sur mes rêves »
 
Donc, prise enfin de ce mouvement vers l’avant de flexion de moi sur l’œuvre, je tombe sur ce poème qui me renvoie à mes dernières notes qui mentionnaient (La guerre de Troie n’aura pas lieu) « Pas de seconde Troie » où il parle de Maud, son sentiment d’amour exclusif et inviolable, pour en faire une Hélène.
Je continue donc mon effeuillage léger et tombe sur
 
« Jamais ne donnez tout le cœur »
 
             "Jamais ne donnez tout le cœur, car l’amour
Ne semblera guère valoir une pensée
Aux femmes passionnées s’il semble
Certain, si jamais elles ne rêvent
Qu’il s’éteint de baiser à baiser ;
Car tout ce qui est aimable n’est rien
Qu’une joie brève, un songe.
Oh ! ne donnez jamais le coeur entièrement,
Car quoi que puissent dire leurs lèvres lisses
C’est au jeu qu’elles ont cédé leur cœur,
Et qui pourrait le jouer assez bien
Si à force d’amour aveugle, muet et sourd ?
Celui qui fit ces vers sait tout ce qu’il en coûte,
Car il donna tout son cœur »
 
Je me garde bien d’influencer la lecture que vous pouvez avoir de ces vers, la poésie est bien triop de l’ordre du sensible et de l’intime, paraît-il. Mais, moi je dis ca, je dis rien. Je me lève et je confirme. Ne le faites pas !
 
Une réflexion pourtant : Si à force d’amour aveugle, muet et sourd ?
Ca me renvoie aux singes … vous savez … j’en parlais
 
Il faut dire que je les comprends de moins en moins ces trois trucs. Le savoir c’est la liberté. Savoir c’est voir/regarder/lire, entendre/écouter, restituer/transmettre. Donc, pour être libre il ne faut ni s’aveugler, ni se taire, ni se murer.
 
Je tombe, enfin, sur une phrase qui dit « la folie d’être réconforté ». 
Et ce mot de "folie" achève de me convaincre,  je décide qu’il est temps de lire Yeats !
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Mercredi 23 janvier 2008
Celui qui possède un "pourquoi" qui lui tient lieu de but,
peut vivre avec n"importe quel "comment".

                                                Nietzsche
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Mardi 22 janvier 2008
             J'entends, j'oublie.
            Je vois, je me souviens.
            Je fais, je comprends.


                               Confucius (551-479 a.c.)

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Mardi 27 novembre 2007
                        "Tes pas
                     Qui s'approchent
                     Ouvrent
                     Ma voie"

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Vendredi 5 octobre 2007
En lecture :
Fitzgerald
Gatsby le magnifique
 (suite à la lecture de Alabama Song de Leroy, roman de la rentrée dont la narratrice est Zelda...et dont j'ai déjà parlé, j'ai décidé de combler ce manque dans mon parcours de lecture)

"Depuis, je m'efforce de réserver tous mes jugements - habitude qui a conduit vers moi de nombreuses natures singulières et m'a rendu victime de quelques raseurs aguerris. Un esprit fragile décèle très vite ce trait de caractère lorsqu'il se manifeste chez un individu normal et, de lui-même il vient s'y attacher. (...) Réserver son jugement  est une preuve d'espoir infini. j'ai toujours un peu peur d'être injuste si j'oublie ce que sous entendait mon père et que je répète avec un le même snobisme : le sens des usages les plus élémentaires n'est pas distribué de façon équitable à la naissance."


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Vendredi 28 septembre 2007

Pour mon voyage en Suisse, j'ai sur moi
Danielewsky O Révolutions
Lowry Au dessous du volcan
et
Walter Benjamin Rastelli raconte...

Dans chacune des formes courtes contenues dans cet opus, un narrateur « je » nous tient un discours du réel et introductif et laisse vite la parole entre des guillemets évocateurs à un autre narrateur, à une autre narration… qui diffère d’une fois sur l’autre. Ce sont des narrations.

Et pour entériner cette réflexion que cela initie sur l’art de la narration, je vous offre cet extrait long mais révélateur de ce que l’ouvrage dessine comme questionnement :

« pourquoi l’art de narrer des histoires est en train de se perdre – cette question m’était souvent venue à l’esprit quand j’avais passé toute une soirée à m’ennuyer autour d’une table avec d’autres invités. (…) J’étais donc sur le pont, repensant au capitain O. dont j’avais pris congé quelques heures plus tôt, le premier et peut-être le dernier narrateur que j’aie rencontré dans ma vie. Comme je viens de le dire, en effet, l’art de la narration est en train de se perdre. Et, songeant aux longues heures passées avec le capitaine O. à nous promener de long en large sur la plage arrière, sans rien à faire qu’à laisser nos regards errer vers le large, je comprenais aussi que celui qui ne s’ennuie jamais ne saurait être un narrateur. Or, l’ennui n’a plus sa pace dans notre vie. Les activités qui en étaient devenues secrètement mais étroitement inséparables dépérissent. Et si le don de la narration se perd, c’est aussi parce qu’il n’est plus personne qui tisse, file, bricole ou gratte en vous écoutant. En un mot : les histoires ne fleurissent que là où il y a travail, ordre et subordination.

Narrer en effet n’est pas seulement un art ; c’est, plus encore, une dignité, quand ce n’est pas, comme en Orient, une fonction. Cet art débouche sur une sagesse, de même que la sagesse, inversement, se manifeste souvent comme narration. Le narrateur est donc souvent aussi quelqu’un de bon conseil. Et, pour obtenir de lui un conseil, il faut commencer par lui faire soi-même un récit. Mais nous, nos préoccupations, nous ne savons qu’en gémir, nous en plaindre ; pas les raconter. En troisième lieu, je pensai à la pipe du capitaine : la pipe qu’il débourrait avant de commencer et après avoir fini, mais qu’il laissait tranquillement s’éteindre, si cela se trouvait, en cours de narration. L’embouchure était d’ambre, mais le fourneau de corne avec de lourdes garnitures d’argent. Il ma tenait de son grand-père, et c’était, je crois, son talisman de narrateur. Car, s’il n’y a plus de bonnes histoires à écouter, c’est aussi que les choses ne durent plus de la bonne manière. Celui qui a porté une fois une ceinture de cuir assez longtemps pour qu’elle lui reste dans les mains découvrir fatalement qu’une histoire s’y est attachée. La pipe du capitaine devait en connaître déjà beaucoup. »

« Le mouchoir » in Rastelli raconte…

 

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Samedi 25 août 2007
"le scepticisme envers ce qui n'est pas prouvé
peut facilement se transformer en 
interdiction de penser"
                                                                   Adorno
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