Souvstre et Allain
Le train perdu
Fantômas – et mettant en scène la fille du même Fantômas
« La foule habituelle qui s’agite à la gare
du Nord, à l’heure du départ des trains de grandes lignes, c’était encore plus considérable ce matin-là qu’à l’ordinaire.
Le rapide de Londres était en retard, il aurait dû partir déjà depuis vingt minutes, et cependant
rien, sur les quais, ne semblait annoncer que son départ fût imminent. Les longs wagons à couloir étaient bondés de voyageurs, et les fourgons à bagages regorgeaient de malles jaunes, et de
grosses valises en cuir, qui caractérisent le touriste anglais. »
« A l’instant où Fandor, cramponné au tampon de la locomotive, criait à
Juve cette phrase impossible à comprendre, cette phrase folle, et qui, pourtant, était réelle, disait la vérité, puisqu’il l’affirmait avec une énergie démesurée : « Le train est entré
dans le tunnel !... Il n’en est pas sorti ! et pourtant il n’y est plus ! »
Phrase d’ouverture de Les amours du Prince – premier chapitre intitulé « Les mystère du tunnel »
« Il y avait très peu de monde. C’était
quelques années avant le guerre, à la fin d’avril, et ce rapide, assez incommode, sans wagons-lits ni restaurant, n’emportait vers le Midi que d’assez rares voyageurs de première
classe.(…)
Il se promena sur le quai, assez loin de la voiture, loua deux oreillers, se munit à la bibliothèque
roulante de journaux et de brochures, et, au coup de sifflet, d’un bond, escalada les marches et entra dans le troisième compartiment, comme quelqu’un qui arrive à la dernière
minute.
(…)
Un contrôleur passa et poinçonna les billets. Le train se hâtait vers la banlieue. Les clartés de
Paris s’espaçaient. Raoul parcourut distraitement les journaux et, n’y prenant aucun intérêt, les rejeta.
(…)
Ce fut un tord. En chemin de fer, on doit toujours se méfier, principalement lorsqu’il y a peu de
monde. Il n’entendit donc point s’ouvrir la porte de la passerelle à soufflet qui servait de communication avec la voiture précédente (voiture numéro quatre) ni s’approcher à pas de loup trois
personnages masqués et vêtus de longues blouses grises, qui firent halte devant son compartiment.
(…)Dans le dernier compartiment, deux cadavres. Aucune trace de désordre. Sur les filets rien. Plus
de valise. Pas de colis. »
« La demoiselle aux yeux verts » in : Les aventures extraordinaires d’Arsène Lupin
Maurice Leblanc
« Après, j’ai éternué. Je crois que j’ai
ouvert les yeux et j’ai pensé que j’étais dans mon pieu avec un énorme édredon sur moi et mon frangin assis dessus. C’était tout sombre et ça sentait l’huile de moteur, celle que le voisin met
sur les roulements à bille de son vélo. (…)
Levons-nous…
Sans bouger d’un millimètre, j’ai hurlé de douleur. Quelque chose dans les jambes, je me souvenais
des photos dans Paris-Match, y’a eu un accident de train.
Et moi, j’étais dedans. Un catastrophe ferroviaire ! Avec moi dedans. Et je ne suis pas mort et
ils vont me sortir de là, et il faut qu’ils se grouillent les cons, je vais crier, je vais passer à la télé, ils vont tout découper au chalumueau, ils ont sûrement des chiens pour chercher, je
suis coincé sous la tôle. »
L’homme à l’oreille croquée, Jean-Bernard
Pouy
« Il y avait un quart d’heure déjà que le
train roulait à sa vitesse moyenne, et elle n’avait pas encore trouvé de place assise. Les banquettes étaient pleines de gens qui partaient en vacances, les couloirs étaient bondés et même les
soufflets étaient occupés : jamais elle n’avait vu un train aussi chargé de monde. (…) Son ticket l’autorisait seulement à monter dans le train, mais ne lui octroyait aucune priorité
pour s’asseoir à une place déterminée.
Mais combien ce voyage était différent de l’autre ! Plus de couloirs encombrés, plus de foule
cahotée, plus de longues files de voyageurs, bousculés, résignés. Le compartiments, c’est une petite chambre personnelle, munie d’une table pliante qu’on peut relever, rabattre à volonté. Le
placard est orné d’une glace aussi haute que la porte. C’est comme une vraie maison… Dans les filets s’entassent des bagages flambants neufs, utilisés aujourd’hui pour la première fois, avec leur
vernis impeccable, leurs serrures étincelantes et les initiales « PH » coquettement incrustées dans les coins arrondis. Il y a une petite lampe à abat-jour, pour lire lorsque la nuit
obscurcira la paysage. Un bouquet est posé sur un pique-feur. Il a été offert à Helen par procuration, au moment du départ… »
J’ai épousé une ombre, William Irish
[V]ous avez dit...