Hoffmann," les aventures de la Nuit de Saint-Sylvestre" in : Fantaisies
Je suis tombée en papillonnant, au hasard sur un truc absolument génial qui a réouvert des portes et de délicieuses réminiscences
ChamissoL'étrange histoire de Peter Schlemihl
Un auteur franco allemand (à noter qu'il est né en Champagne et que sa famille devient allemande
quand il a dix ans, qu'il va naviguer entre les deux pays et les deux langues) Ses dates 1781 - 1838.
Un conte un récit entrant totalement dans l’inquiétante étrangeté de Freud, fort en réferences à la littérature allemande romantique, aux mythes fondateurs...
Le narrateur a l’expression droite et digne. De ces narrateurs dont la droiture est toute « 19e » et qui me font souvent me rappeler que la mise en doute de l’intégrité, de la sincérité du narrateur date d’Agatha Christie et son Meurtre de Roger Ackroyd
Il croise un personnage inquiétant en complet gris qui dans une sorte l’escalade de l’irréel sort des choses improbables de ses poches au gré de ses convives une lunette de dollond, une couverture, un barnum, des chevaux… et qui va vouloir acheter au narrateur, son ombre… En échange, il lui propose des artefacts tirés de tous les mythes et autres contes (les pièces du juif errant, les bottes de sept lieux, la racine de circé, ...).
Ce pacte - car l’emprunt pour la conversation des deux protagonistes d’une phrase que j’ai reconnue comme l’une de celle du Faust de Goethe (vient-elle plus anciennement d’un conte populaire allemand, d’une tradition orale… ) nous fait clairement passer du vague sentiment d’étrange, à celui d’inquiétant. Et on pense au diable immédiatement.
Je me suis, dans mon mini carnet voyageur, noté des éléments qui me font pétiller les pensées et souvenirs :
Le gris ("grau") revient souvent dans les contes étranges allemands
comme le "grausam" qui vaut dire "maléfique" "cruel" et renvoit du Diable.
Cette lunette qu'il sort de sa poche, elle me rappelle étrangement les lunettes du grisâtre Cornelius de L'Homme au sable dans les Contes d'Hoffmann (choisit aussi par Offenbach pour ces trois songes de l'Opéra Contes d'Hoffmann).
Mais, être déssaisi de son ombre n’est pas sans conséquence. L’ombre m’apparait bien vite, suis-je naïve, comme allégorie (ou métaphore) de l’âme… on pense aussi à l’absence de reflet dans les miroirs qui dénonce les créatures maléfiques que sont les vampires et autres démons nocturnes.
Et que dire d’un être qui en aurait deux ?!
Et, pour le coup, comment ne pas penser d'autres références :
Notamment ce Conte d'Andersen L'Ombre :
extrait :
« Je crois que mon ombre est la seule chose qui vive là, en face: comme elle est gentiment assise entre les fleurs, près de la porte entrouverte! Elle devrait être assez fine pour entrer, regarder ce qui se passe, et venir me la raconter. Va donc! cria-t-il en plaisantant; montre au moins que tu sers à quelque chose: allons! entre. »
Puis il fit un signe de tête à l'Ombre, et l'Ombre répéta ce signe. « Va! mais ne reste pas trop longtemps. »
A ces mots, le savant se leva et l'Ombre fit comme lui. Il se tourna, et l'Ombre se tourna aussi. Quelqu'un qui eût fait attention aurait pu voir que l'Ombre entrait par la porte entrouverte chez le voisin, au moment où le savant entrait lui-même dans sa chambre en tirant derrière lui le grand rideau.
Et on se rappelle aussi que Peter Pan recout son ombre... Il est vrai que l'ombre est un concept qui renvoie au mythe de la caverne de Platon et que ca mène loin, mais ce qui est sûr c'est que, moi un peu simplement, je mets ça sur le compte d'une entéléchie.
On pense aussi au Port
Le visage, le regard, le reflet, l'ombre ... qui disparaissent, qui sont des monnaies d'échange avec le Diable...
On pense aussi au portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde, où l'image de l'ui vieillit quand lui ne vieillit, et qui vieillit au rythme où il pervertit son âme.
On pense plus populo à cette réplique dans le film "Gapser'... où le fantôme Gasper explique à l'ado en plein mal de vivre qui
vient d'emmenager dans la maison qu'il hante qu'il ne peut l'accompagner au bal d'Halloween, d'ailleurs pour commencer... tiens il n'a pas de reflet dans le miroir. Le reflet est-il manifestation
d'une âme ?
Etonnant ce récit extraodinaire, bourré de symbolisme, s’appuyant sur les mythes fondateurs est, je pense, méconnu si ce n’est inconnu ! Et pourtant, récit court, passionnant, vocabulaire un peu suranné mais fleuri et varié, une foisonnance imaginaire et une ambiance de conte.
Bibliographie :
Chamisso, L'étrange histoire de Peter Schlemihl (la traduction du titre pourrait tout aussi bien être "édifiante", "fantastique", "étonnante".. le terme originel de "wonder" recouvre potentiellemnt ces notions-là)
Hoffmann, Les Contes ( et notamment "L'homme au sable", "Les aventures de la nuit de Saint Sylvestre", et peut-être mais c'est plutôt dans la veine des romans à enigmes "Madame de Scudéry")Goethe, Faust
Andersen, Ombre
Offenbach Les Contes d'Hoffmann
Il y
a un livret assez bon dans la collection de L'avant-scene Opera.
Mais aussi
Barrie, Peter Pan (j'ai lu le livre, j'ai la version filmée intitulée "Hook" et le film de Marc Forster
sur Barrie "Finding Neverland" et je vais chercher à voir le dessin animé et la version filmée de 1953 - les deux de Walt Disney, faut se déplacer pour comprendre ! - et je vous
redis)...
"Gasper" un film très grand public
Et sinon un essai que j'ai lu il y a quelques années, avant d'en rencontrer l'auteur au Mans en conférence :
Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique
Je me programme :
Trouver une représentation de l'Opéra de Offencbach un jour
Trouver un livret fiable de l'Opéra de Mozart "Le Revizor" pour voir comment il décrit le personnage de réincarnation
de son père si étrangement inquiétant...
Voir une adaptation dessin animé des contes d'andersen et notamment de L'Ombre... sisi il paraît que ca
existe !










[V]ous avez dit...