1er février 1909 - première parution de la revue NRF
A l'origine un groupe
d'amis Marcel Drouin, André Ruyters, Jean Schlumberger, Henri Ghéon, Jacques Copeau autour on la sait de André Gide ! Beaucoup de revuistes sont alors des déçus du Mercure de
France. On pointait alors du doigt la « férule étouffante et despotique » de Remy de Gourmont. Cette expression me fait sourire doucement, car tout ce que j'ai pu lire du monde de
la critique littéraire dans les années 50 en France, c'est la NRF et Pauhlan qui font la pluie et le beau temps mais j'y reviendrai.
Je note avec intérêt,
que dans le liminaire au numéro du 1er février 1909, ils s'étaient déclaré comme contre le parisianisme, l'académisme et .. l'opportunisme. Trois « -isme »
intéressants. Et pour l'autonomie de l'art. qu'ils exhaltent le devoir de défense de la langue.
Ce qui en fera la
renommée c'est la partie « critique », la Pléïade (ainsi nommée parce qu'ils sont 6) estime que la critique littéraire est « un élement » de la création littéraire. C'est
aussi pour ça qu'il est si inquiétant de constater le déclin de la critique littéraire (je suis en train de lire la publication d'une thèse sur la question - je tenterai de vous en
parler).
Michel Drouin
(chercheur au CNRS - insitut des textes et manuscrits modernes) note que l'un des traits remarquables de cette publication est très soigné, qualité typographique des Presses Saint-Catherine de
Bruges. Il mentionne que Gide allait lui-même superviser l'impression !
Le nrf stylisé avec son f soulignant est dessiné par Schlumberger.
Et il apparaît au milieu de la couverture claire à liseré rouge qu'on connaît si bien
aujourd'hui, dès la première publication du « comptoir d'édition » que Schlumberger laisse presque simultanément avec le tout jeune Gallimard ! Et ce sont les débuts des
éditions Gallimard !
Parmi les anecdotes célèbres liées aux
éditions Gallimard il y a évidemment le refus de publier Proust, mais il y aura d'autres ratages avec Romain Rolland, ou Cocteau...
Pendant la guerre et sous l'impulsion de
Jacques Rivière et de son appel à la « démobilisation des esprits » la revue résistera, s'engagera en cessant de paraître. C'est même le début d'une nouvelle période pour la revue.En
1920, au sortir de la guerre la revue a 7 000 abonnés !
Extrait de Au temps du boeuf sur le toit de Maurice
Sachs
"27 juillet 1919
Je suis passé rue de la Faisanderie ; j'y ai trouvé deux livraisons de la Nouvelle Revue Française que je n'avais pas eu le
temps d'ouvrir. Ce sont les premières qui reparaissent depuis la guerre. J'admire que l'esprit d'un Jacques Rivière soit assez uniquement tourné vers l'esprot pour pouvoir écrire avec
sang-froid : « la guerre est venue, la guerre a passé. Elle a profondément bouleversé toute chose, et en particulier nos esprits… A côté de son action régénératrice, il ne faut pas en
effet oublier les méfaits immenses de la guerre. Un des plus graves est peut-être d'avoir préoccupé les esprits ; elle s'est mise à leur dicter toutes leurs
pensées. »
D'ailleurs quelle merveilleuse livraison ; que de noms au
sommaire qui sont les vrais meilleurs d'aujourd'hui(…) »
Jean Pauhlan, qui fut l'assistant de Jacques
Rivière, lui succède en 1952. Je vais pas vous faire la liste exhaustive des directeurs de la revue (je vous invite à visiter la page de séditions gallimard pour ça). Mais Pauhlan était une
personnalité ! Plus qu'une éminence grise !
Quand je cherchais des données sur Minou Drouet et l'effet jeune auteur bien monté par
julliard j'avais lu énormément de chroniques, critiques et autres articles de l'époque où transparaissait justement une sorte d'agacement pour l'omniprésence et potence de Pauhlan et de son outil
la NRF pour faire la littérature française. C'est pourtant bien dans
ces années-là que s'amorça le déclin de la revue, qui publie toujours.
Biblio
Michel Drouin
Assouline Gaston Gallimard : un demi siècle d'édition française (Balland, 1984)
Moi Minou Drouet
Au temps du boeuf sur le toit Maurice Sachs
Maurice Sachs le désoeuvré Thomas Clerc
[V]ous avez dit...